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  • Prochainement en Littérature : "Mon papa pirate" de Davide Cali


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  •                                                La lune blanche

     

                                         La lune blanche

                                         Luit dans les bois ;

                                         De chaque branche

                                         Part une voix

                                         Sous la ramée...

                                                   Ô bien-aimée.

     

                                         L'étang  reflète,

                                         Profond miroir,

                                         La silhouette

                                         Du saule noir

                                         Où le vent pleure...

                                                   Rêvons, c'est l'heure.

     

                                         Un vaste et tendre

                                         Apaisement

                                         Semble descendre

                                         Du firmament

                                         Que l'astre irise...

                                                   C'est l'heure exquise.

     

                                Paul Verlaine, "La bonne Chanson", 1870


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  • La cimaise ayant chaponné
    Tout l’éternueur
    Se tuba fort dépurative
    Quand la bixacée fut verdie :
    Pas un sexué pétrographique morio
    De moufette ou de verrat.
    Elle alla crocher frange
    Chez la fraction sa volcanique
    La processionnant de lui primer
    Quelque gramen pour succomber
    Jusqu’à la salanque nucléaire.
    « Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
    Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
    Interlocutoire et priodonte. »
    La fraction n’est pas prévisible :
    C’est là son moléculaire défi.
    « Que ferriez-vous au tendon cher ?
    Discorda-t-elle à cette énarthrose.
    - Nuncupation et joyau à tout vendeur,
    Je chaponnais, ne vous déploie.
    - Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
    Eh bien ! débagoulez maintenant. »

    Raymond Queneau


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  •  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/69/Granville_1803-47.jpg

    LE CORBEAU ET LE RENARD

    ESOPE

     

    Un corbeau, ayant volé un morceau de viande, s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. »

    Cette fable est une leçon pour les sots.

     

     

    LE CORBEAU ET LE RENARD

    JEAN DE LA FONTAINE

    Maître Corbeau, sur un arbre perché, 
    Tenait en son bec un fromage. 
    Maître Renard, par l'odeur alléché, 
    Lui tint à peu près ce langage : 
    "Hé ! Bonjour, Monsieur du Corbeau. 
    Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! 
    Sans mentir, si votre ramage 
    Se rapporte à votre plumage, 
    Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. " 
    A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; 
    Et pour montrer sa belle voix, 
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. 
    Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur, 
    Apprenez que tout flatteur 
    Vit aux dépens de celui qui l'écoute : 
    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. " 
    Le Corbeau, honteux et confus, 
    Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus

     


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  • Première Partie

    Deuxième Partie

    Toisième Partie

    Quatrième Partie

    Cinquième Partie

    Dernière Partie


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  •  C'était peu de temps avant Noël, quand on pense à saler les bacons. Le ciel était parsemé d'étoiles, il faisait un grand froid, et l’étang poissonneux où Renart avait conduit Ysengrin était si gelé que l’on pouvait en toute sécurité marcher dessus. Il n'y avait qu'un seul trou, soigneusement entretenu chaque jour par les paysans du village, et près duquel ils avaient laissé le seau qui leur servait à puiser de l'eau. Renart, montrant le trou, dit :

    - Oncle Ysengrin, c'est là que se tiennent en grand nombre les barbeaux, les tanches et les anguilles ; et justement voici l'engin qui sert à les prendre. (Il montrait le seau). Il suffit de le tenir quelque temps plongé dans l'eau, puis de l'en tirer quand on sent à son poids qu'il est rempli de poissons.

    - Je comprends, dit Ysengrin, et pour bien faire, je crois, beau neveu, qu'il faudrait attacher l'engin à ma queue. C'est apparemment ainsi que l'on doit faire quand on veut faire bonne pêche.

    - Justement, dit Renart, quelle merveille que vous compreniez cela aisément ! Je vais faire ce que vous demandez. Il serre fortement le seau à la queue d'Ysengrin.

    - Et maintenant, dit Renart, vous n'avez plus qu'à vous tenir immobile pendant une heure ou deux, jusqu'à ce que vous sentiez les poissons arriver en foule dans l'engin.

    - Je comprends fort bien. En ce qui concerne la patience, j'en aurai tant qu'il le faudra.»

    Renart se place alors un peu à l'écart, sous un buisson, la tête entre les pieds, les yeux fixés sur son compère. Le loup se tient au bord du trou, la queue en partie plongée dans le seau qu'elle retient. Mais comme le froid était extrême, l'eau ne tarda pas à se figer, puis à se changer en glace autour de la queue. Le loup sent le seau tirer et pense qu'il s'agit des poissons qui arrivent ; il se félicite, et déjà songe au profit qu'il va tirer de cette pêche miraculeuse. Il fait un mouvement, puis s'arrête encore, persuadé que plus il attendra, plus il amènera de poissons à bord du seau. Enfin, il se décide à retirer sa queue mais ses efforts sont inutiles. La glace a pris de la consistance, le trou est fermé, la queue est arrêtée sans qu'il lui soit possible de rompre l'obstacle. Il se démène, il s'agite. Ysengrin appelle Renart :

    «A mon secours, mon brave neveu! Il y a tant de poissons que je ne puis les soulever. Viens m'aider, je suis las et le jour ne va pas tarder à venir.»

    Renart, qui faisait semblant de dormir, lève alors la tête. Il lui dit:

    « Comment, bel oncle, vous êtes encore là ? Allons, hâtez-vous, prenez vos poissons et partons : le jour ne va pas tarder à venir.

    - Mais, dit Ysengrin, je ne puis les remonter. Il y en a tant, tant, que je n'ai pas la force de soulever l'engin.

    - Ah ? répond Renart en riant. Je vois ce que c'est, mais à qui la faute ? Vous avez voulu trop en prendre, et on a raison de dire que celui qui désire trop perd tout. »

    Il fait à présent complètement jour. Messire Constant, le riche propriétaire qui demeure près de l'étang, part à la chasse avec ses hommes. Il sonne du cor, appelle ses chiens et commande qu'on selle son cheval. Aussitôt, maître Renart court se mettre à l'abri dans sa tanière. Ysengrin, tout seul, reste sur l’étang, à tirer et à se débattre. L’un des hommes arrive et le voit :

    « À moi ! crie-t-il. Au loup ! Au loup ! » Les autres chasseurs l'entendent et se dirigent vers l’étang avec leur meute. Voilà le pauvre loup en mauvaise posture ! Constant arrive derrière eux, au grand galop sur son cheval. Ses hommes lâchent les chiens, qui s'attaquent l'oncle de Renart. Les chasseurs excitent leurs bêtes et Ysengrin se bat de son mieux, avec ses dents. Sire Constant a tiré l’épée et, pour mieux frapper le loup, est descendu de son cheval. Il l'attaque par-derrière mais manque son coup. Il glisse et tombe sur la glace. Blessé, le seigneur se relève à grand-peine. Mais, avec courage, il retourne à la lutte. C'est là un grand combat ! Le second coup ne lui est guère plus favorable : il a voulu frapper la tête du loup, son épée glisse et c'est la queue qu'il coupe tout au ras ! Voilà Ysengrin délivré. D'un bond, il s'écarte de ses ennemis. Puis il leur fait face et ne les quitte pas sans leur avoir infligé à chacun une cruelle morsure. Hélas ! Il leur a laissé sa queue en gage. De chagrin et de douleur, il souffre et se désole. Mais il n'y peut rien. Il s'enfuit droit vers les bois à toute allure. Il échappe aux chiens, qui sont las et épuisés de fatigue après le rude combat. Mais comme il hait son neveu qui l'a déshonoré ! Il jure qu'il se vengera.


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  • Pour visiter le site de la Bibliothèqque Nationale de France

    consacré au Roman de Renart

    Cliquer sur l'image

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a7/Renart.jpg


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  • Renart et les anguilles

     

    A la fin du rigoureux hiver, Renart était souvent à bout de provisions. Un de ces tristes jours de disette, il sortit de chez lui, bien déterminé à n'y rentrer que chargé de gibier. Il se glisse près d'une rivière, puis près d'un chemin. Rien encore ne se présente. Dans l'espoir d'une meilleure chance, il va se placer près d'une haie bordant un chemin. Enfin il entend un bruit de roues. C'étaient des marchands qui revenaient des bords de la mer, ramenant des harengs frais ; de plus, leurs paniers débordaient d'anguilles et de lamproies qu'ils avaient achetées en chemin. De loin, Renart reconnaît aisément les lamproies et les anguilles. Son plan est bientôt fait : il rampe sans être aperçu jusqu'au milieu du chemin, il s'étend jambes écartées, gueule ouverte, langue pendante, sans bouger ni respirer. La voiture avance : un des marchands regarde, voit un corps immobile et appelle son compagnon :

    - Je ne me trompe pas. C'est un renard ou un blaireau !

    - C'est un renard, dit l'autre.

    Descendons, emparons-nous en, et surtout, veillons à ce qu'il ne nous échappe pas. Alors, ils arrêtent le cheval, s'approchent du Renard, le poussent du pied, le pincent et le tirent. Comme ils le voient immobile, ils pensent qu'il est mort.

    - Combien peut valoir sa fourrure ?

    - Quatre livres. Dit l'un.

    - Disons cinq ! Reprend l'autre ; voyez sa gorge, comme elle est blanche et fournie ! C'est la bonne saison. Jetons-le sur la charrette.

    Aussitôt dit, aussitôt fait. On le saisit par les pieds, on le lance entre les paniers, et la voiture se remet en marche. Pendant que les marchands se réjouissent de l'aventure et pensent au prix qu'ils vendront la fourrure, Renart ne s'inquiète guère. Il sait qu'entre dire et faire il y a souvent un long trajet.

    Sans perdre de temps, il étend la patte sur le bord d'un panier, se dresse doucement, dérange la couverture, et tire à lui deux douzaines des plus beaux harengs. Ceci pour calmer sa plus grosse faim. Mais il n'a pas l'intention de se contenter de si peu. Dans le panier voisin frétillent les anguilles. Il en attire cinq ou six des plus belles. Mais le problème est de les emporter. Que faire ? Il aperçoit des baguettes d'osier. Il en prend trois, qu'il glisse dans la tête des anguilles, puis il enroule autour de son cou les baguettes d'osier, comme un collier.

    Il s'agit maintenant de quitter la voiture. Il attend qu'elle passe sur du gazon pour se laisser glisser en bas sans bruit et sans risquer de perdre les anguilles. Cela fait, il ne peut s'empêcher de se moquer des marchands avant de s'éloigner. Il leur crie :

    - Portez-vous bien, beaux marchands de poissons ! J'ai fait avec vous un partage de frère : j'ai mangé vos plus gros harengs et j'emporte vos plus belles anguilles, mais j'en laisse le plus grand nombre.

    Quelle n'est pas alors la surprise des marchands ! ils crient : "Au renard ! au renard !" mais le renard ne les craint pas : il a de meilleures jambes.

    Renart reprend tranquillement le chemin de Maupertuis, sa maison. Sa femme, Hermeline, bonne et sage, et ses deux fils le reçoivent avec respect. Et quand ils voient ce qu'il rapporte, c'est une joie et des embrassements sans fin.

     

    - A table ! S'écrie-t-il. Fermez bien les portes, et que personne ne vienne nous déranger.


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