• La croisée est ouverte ; il pleut
    Comme minutieusement,
    À petit bruit et peu à peu,

    Sur le jardin frais et dormant.
    Feuille à feuille, la pluie éveille
    L'arbre poudreux qu'elle verdit
    Au mur, on dirait que la treille
    S'étire d'un geste engourdi.

    L'herbe frémit, le gravier tiède
    Crépite et l'on croirait là-bas
    Entendre sur le sable et l'herbe
    Comme d'imperceptibles pas.

    Le jardin chuchote et tressaille,
    Furtif et confidentiel ;
    L'averse semble maille à maille
    Tisser la terre avec le ciel.

    Il pleut, et les yeux clos, j'écoute,
    De toute sa pluie à la fois,
    Le jardin mouillé qui s'égoutte
    Dans l'ombre que j'ai faite en moi.
     
    Henri de Régnier Les Médailles d'argile (1900)
    Texte libre de droits

    votre commentaire
  • Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
    On pouvait dire... Oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
    En variant le ton, -par exemple, tenez
    Agressif : "Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
    Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! "
    Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
    Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
    Descriptif : "C’est un roc ! ... c’est un pic ! ... c’est un cap !
    Que dis-je, c’est un cap ? ... C’est une péninsule ! "
    Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
    D’écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux ? "
    Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
    Que paternellement vous vous préoccupâtes
    De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
    Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
    La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
    Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
    Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
    Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
    Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
    De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "

    […]
     Dramatique : "C’est la Mer Rouge quand il saigne ! "
    Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
    Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
    Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ? "
    […]

    – Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
    Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
    Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
    Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
    Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
    […]

    Cyrano de Bergerac (1897), Edmond Rostand

     

    Acte I, scène IV
     Texte libre de droits


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique